Homélie de Mgr Pascal WINTZER 11/11/2018

 

Il a fallu à chacun des temps de déplacement plus ou moins longs pour que nous soyons ensemble cet après-midi à la cathédrale.
Des déplacements qui sont onéreux, de toutes les manières possibles.
Je peux parler du prix des carburants… mais là n’est pas le sujet.
Ce qui est onéreux c’est d’accepter de nous êtres mis en route… le 13 janvier 2017 lorsque nous étions, pour beaucoup d’entre nous à Niort, et pour encore davantage, dans chacune des paroisses du diocèse.

Ce sont aussi deux figures du déplacement qui entourent et patronnent notre synode. Saint Hilaire, qui fut appelé à quitter son travail, sa vie de famille, pour devenir notre évêque, et qui fut contraint, plus tard, à l’exil en raison de sa fidélité à la foi définie au concile de Nicée. Et saint Martin, que nous fêtons ce 11 novembre.
Que de déplacements pour lui, depuis la Hongrie, Amiens, Poitiers, Ligugé et enfin Tours, mais Tours où son ministère fut itinérant, parcourant les campagnes pour annoncer Jésus Christ.
Déplacements géographiques, surtout, déplacements spirituels, déplacements dans les manières de voir les gens et les choses, pour les mieux comprendre.
Pour Hilaire et Martin, pour nous tous : un synode est bien cela : écouter l’Esprit, où qu’il parle, pour qu’il nous révèle le Seigneur, sa présence et ses appels.
Vous la savez, lorsque l’on part en pèlerinage, ce qui est le plus important, ce n’est par le terme, mais c’est la route.
De même pour un synode, c’est le chemin parcouru qui est essentiel ; ces chemins que beaucoup ont accomplis ce matin sur les diverses routes, les chemins des multiples rencontres vécues depuis janvier 2017, avec nos deux assemblées de février et de mai dernier ; tous ces chemins,
ils sont l’essentiel, ils sont plus importants que ce moment qui nous rassemble ici, à la cathédrale.

Oui, un synode c’est une liturgie, mais si c’est « seulement » une liturgie, si belle soit-elle, si bien préparée soit-elle, et je remercie tous ceux qui ont consacré tant et tant et de temps et de talent à cela, mais si ce n’est que cela le synode, dans une heure, tout sera fini.
Non, le synode c’est le chemin, et nous savons qu’il se poursuit.
Un synode porte du fruit, à la mesure du travail mené, à la mesure des rencontres vécues.
En l’absence de l’un, le travail, et de l’autre, les rencontres, certains vous diront peut-être qu’ils ignorent qu’un synode est célébré à Poitiers !
Mais, à la mesure du travail et des rencontres, nous avons été changés, nous avons mieux
compris, nous avons mieux perçus des appels.

Oui, ce qui compte c’est le chemin, et ce qui compte c’est de l’effectuer ensemble.

Puis-je vous faire une confidence ?
Plus on exerce de responsabilités, plus on découvre que l’on ne peut rien faire seul, et plus on apprend à laisser ses propres idées et ses projets être modifiés par les paroles échangées, par les expériences vécues.
Je souhaite que le synode vécu et célébré, le troisième en peu d’années pour notre diocèse, entretienne la conviction, mais aussi le goût de découvrir qu’ensemble on va plus loin.


Chacun peut toujours se redire ceci : Est-ce si important que ce ne soit pas mon idée qui l’emporte ? Est-ce si grave que mon projet ait été modifié, enrichi par les apports d’autres projets ?
Vous savez combien le pape François insiste pour que nous soyons une Eglise synodale, une Eglise de l’égale dignité de chacun.
Tout l’opposé du cléricalisme, ce système où certains estiment qu’ils sont seuls détenteurs du vrai et du juste.
C’est vrai, vous l’avez vu, c’est moi qui viens de signer l’acte de promulgation des Actes synodaux, c’est mon sceau qui a été apposé… mais, pas tout seul !
D’une part, le Père Jammet a aussi signé les Actes : comme chancelier du diocèse, il atteste que nos actes sont faits en conformité aux pratiques de toute l’Eglise, et surtout, nous avons signé l’un et l’autre des Actes où je n’ai rien écrit, ils sont le fruit de ces presque deux années de
travail.
J’ajoute que sont présents les évêques de la Province, je les en remercie vivement, eux aussi ont fait un déplacement, et rapide, ils étaient ce matin dans leur cathédrale pour l’anniversaire de l’armistice.
Leur présence signifie qu’un diocèse n’est pas tout à lui tout seul.
Et je souligne bien entendu la présence de Mgr Rouet.
Les évêques de la Province signifient notre inscription dans l’espace, Mgr Rouet, l’inscription
dans le temps.

Comme l’a dit le pape François à l’issue du synode romain consacré aux jeunes et aux vocations, c’est maintenant que le synode commence, c’est maintenant que ce qui a été vécu, ainsi que les Actes synodaux que je proclame aujourd’hui, peuvent, ou non, être un dynamisme pour notre vie diocésaine.
Dans une Eglise synodale, la responsabilité revient à chacun, vous qui êtes ici, mais aussi tous les diocésains.

A vous de vous saisir du synode, non pas comme un fardeau mais comme un outil aidant à agir avec moins de dispersion.
Vous le savez, c’est cela qu’ont produit les deux assemblées synodales : elles ont choisi, elles ont décidé de visées et de priorités.
Et cela doit être une aide qui nous dispense de nous demander à tout instant ce qu’il faut retenirn et ce qu’il faut oublier.
Cela a été fait, et c’est ce qui est exprimé dans le texte.

Souvent, l’Eglise catholique alerte sur les risques de l’individualisme, ce travers qui conduit à,ne plus imaginer la société que comme une addition d’intérêts individuels, au risque que la Loi du pays ne soit que la mise en forme des attentes des individus.
Il ne faudrait pas que nous vivions entre nous ce que nous dénonçons chez les autres.
Si c’était le cas, la vie de nos communautés ne serait plus que l’addition de demandes auxquelles il faudrait toujours répondre.
S’il n’y a pas de synodalité, s’il n’y a pas de discernement et de choix, oui nous allons vers un éclatement encore plus grand au risque qu’il n’y ait plus de communautés, de paroisses, de diocèses, mais des chapelles.
De grâce, résistez à la tentation de répondre à tout, de tout faire, de tout être.

Je le sais, vous êtes généreux, et, c’est vrai, l’Evangile nous pousse à l’être ; mais la générosité peut être épuisante, pour soi, pour les autres aussi.
Les visées disent des choix, appuyez-vous sur eux.

 

Une équipe diocésaine a répondu à l’appel et accepte de soutenir la mise en œuvre du synode ; ils seront envoyés tout à l’heure.
Et puis, pour aider à ne pas tout faire, au risque de ne rien faire… chaque année, deux visées seront retenues.
Pour l’année qui vient, ce sont les visées qui ont recueilli le plus de suffrages lors des votes : Inventer le visage d’une Eglise en sortie.
Répondre aux soifs spirituelles de nos contemporains.
Ces deux visées sont communes à tout le diocèse ; bien entendu, selon les lieux, elles pourront s’incarner de différentes manières.

Je peux dire sans risque que notre diocèse ne se prétend pas le phare de l’Eglise d’Occident, pourtant, nous avons raison d’être fiers d’en être chacune et chacun des acteurs.
Par son choix de la synodalité, je le redis un choix qui est un refus du pouvoir de quelques-uns, il peut être, à sa mesure, et dans la modestie, un signe pour la vie de la société.
Vous savez que beaucoup, de plus en plus, sentent, ou même savent qu’ils n’ont plus de place, que personne ne les écoute, soit qu’ils sont pauvres, étrangers, ne comptant pas vraiment.
Ce sont des hommes et des femmes sans… sans droits, sans diplômes, sans papiers ; ou simplement n’habitant pas les métropoles ou n’étant pas les premiers de cordée.
Qu’il n’en soit pas ainsi dans notre Eglise.
Que personne ne puisse se dire qu’il ne compte pas, qu’il n’a pas à parler parce qu’il ne sera pas écouté.
Faut-il de nouveaux scandales pour que l’Eglise se rendre compte qu’elle n’a pas pris en compte la parole des petits ?
Empruntons le chemin de modestie du Seigneur lui-même, son chemin d’écoute, de parole toute simple, de remise en cause aussi.
Ce chemin il est celui du temps donné gratuitement, non pas parce que l’on va en tirer quelque profit, voire faire de nouveaux adeptes, mais parce que la vie tout simplement, parce la vie de chacun nous intéresse.

Mgr Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
Promulgation des actes du Synode diocésain
« Avec les générations nouvelles, vivre l’Evangile »
Dimanche 11 novembre 2018
Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers

 

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